lundi 28 décembre 2009

Axiomes

* Traitez une personne comme elle devrait être traitée et vous lui offrez l'opportunité de devenir ce qu'elle pourrait être.

* Notre seule liberté consiste à nous enfoncer toujours plus profondément dans la matrice, en nous efforçant de gagner plus pour consommer plus.

* Notre monde n'est pas plus menacé par la surpopulation ou la pollution que par les innovations technologiques qui en réduisent chaque jour la dimension et en limitent la diversité. Très rapidement, il ne sera plus à la hauteur de la curiosité et de l'ambition de l'Homme.

* Les pauvres jalousent toujours les bourgeois. Mais quand certains s'embourgeoisent, ils se détournent des pauvres et jalousent désormais les aristocrates qui admirent secrètement les bourgeois autodidactes et self-made men.

* Nous constituons une des plus grandes puissances mondiales et notre rôle, central, constitue une référence ultime. Mais si nous ne parlons pas de nous, qui donc le fera?

* De nos jours, l'avarice est la chose la mieux partagée au monde.

* L'homme politique dénué de marge de manoeuvre ou de perspective ne fonde son action que sur les symboles et autres commémorations.

* L'effritement du couple provient bien souvent de notre désir enfoui de retrouver dans l'Autre un moi sublimé.

* Pourquoi est-ce aussi passionnant que difficile d'enseigner? Probablement parce qu'il faut transmettre le savoir-comprendre, le savoir-faire, le savoir(-connaître), sans négliger le savoir-être.

* Un monde sans idéologie est un bulle sans espoir ni perspective, vouée à la violence la plus gratuite et à l'obscurantisme le plus contagieux.

* Je hais les "événements" comme le Festival de Cannes ou les remises de récompenses cinématographiques, télévisuelles, musicales ou théâtrales au cours desquels des institutionnels mûs par le marketing sombrent dans le consensus et l'auto-congratulation. Les "événements" ne doivent pas être façonnnés par les Décideurs; les "événements" ne doivent prédéterminer ni les propos ni les attitudes. Ce sont les petites gens qui créent l'Evénement.

* Les dissidents politiques de l'ex-bloc communiste ont laissé place aux dissidents socio-économiques de l'union Européenne.

* L'évidence génère l'idiotie. L'étonnement suscite l'intelligence.

* "La tradition consiste à nourrir la flamme et non pas vénérer les cendres." Gustav Malher

* "Great minds discuss ideas; average minds discuss events; small minds discuss people" Eleanor Roosevelt

mardi 22 décembre 2009

'L'Autre Image ou l'Image de l'Autre Soi' par Trendance

Il est des bouleversements technologiques dont l'impact sur notre quotidien est aussi fondamental qu'évident. L'invention de la roue et la maîtrise de l'électricité en constituent de parfaites illustrations. Toutefois, certaines évolutions technologiques tiennent lieu elles aussi de véritables révolutions, même si elles se révèlent être bien souvent plus diffuses, voire insidieuses.

Depuis peu, nous sommes confrontés à une révolution silencieuse et pourtant bien tangible: celle de l'image, et par conséquent, celle de notre relation à l'image.
L'image est un concept aux frontières floues et aux contours indéfinis. C'est dautant plus vrai que sa fonction mais aussi son esthétique n'ont de cesse d'évoluer. A l'heure de la technologie digitale, l'image se veut à la fois plus précise, plus complexe, plus immédiate et plus conviviale.
C'est précisément cette dernière caractéristique qui marque à la fois un stade nouveau dans l'évolution de l'image et une redéfinition de la relation que l'homme entretient avec cette dernière.

Je me souviens avoir vu dans des galeries d'art et autres expositions des installations dont le principe était fondé sur l'entrée et le cheminement du spectateur à l'intérieur de son espace. Parfois même s'instaurait-il avec l'oeuvre un "dialogue" fondé sur l'exploitation de l'image des visiteurs enregistrée à leur entrée. On s'éloignait ainsi de l'oeuvre d'art traditionnelle à laquelle on faisait sagement face et que l'on se contentait de parcourir des yeux.

A l'instar de cette nouvelle forme d'art, l'image connait une évolution cruciale. L'intéractivité naissante que l'on entretient avec elle bouleverse son essence tout en transformant la nature du lien qui nous unit à elle.

Né à la toute fin des années soixante, je me rappelle avoir connu les premiers jeux vidéos tels que Pacman. Il y a quelques mois, je me suis remis à jouer aux jeux électroniques. Quelle n'a pas été ma surprise au contact de la nouvelle console interactive. Moi qui avais connu les jeux de défilement au cours desquels on instaurait une identification avec un héros omniprésent, je me suis retrouvé propulsé dans une forme de divertissement fondée sur la subjectivité et l'interactivité: je ne voyais plus mon personnage et adoptais désormais un point de vue subjectif pendant un jeu qui, de plus, se déroulait d'après les choix que j'opérais.

Je réalisai alors que la notion de jeu vidéo ne renvoyait déjà plus au même signifié: la qualité de l'image, le réalisme du son, la mutiplicité des paramètres, cette qualité tout à la fois subjective et intéractive; tout participait à la confusion entre réalité et virtualité, à notre entrée dans l'espace virtuel. De joueur spectateur, j'étais devenu un aventurier protégé de tout danger.
Je n'en revenais pas; et pourtant, je réalisai déjà que nous en avions été avertis.
Cette entrée dans l'image et la virtualité, Steven Spielberg l'avait déjà traitée dans Minority Report, un film dans lequel on voyait Tom Cruise effectuer un ballet étrange au milieu de fichiers et d'images informatiques grâce auxquels il modifiait la réalité. L'ère du tactile était donc là, à portée de main. Et ceci se déroulait quelques années avant l'évènement des téléphones portables tactiles.

Nous ne sommes donc plus spectateurs de l'image mais nous entrons de plain-pied dans l'image afin de réaliser nos tâches de travail, de communication et de divertissement.

Comme avec Windows 7, nous entrons plus rapidement dans une image en ce sens qu'elle offre à son utilisateur une plus grande disponibilité. Tout ceci pour dire que nous vivons aujourd'hui une révolution de notre environnement virtuel. La naissance de cette nouvelle image instaure une autre réalité, une réalité parallèle qui deviendra vite aussi palpable que virtuelle. Total Recall mais surtout Matrix et Avatar nous avertissent des dangers de la virtualité en tant que vision fantasmée de la réalité mais laissent entrevoir l'émergence de l'ère de l'entertainement idéal.
Ceci est d'autant plus vrai avec l'arrivée de la technologie 3D au cinéma qui renforce le réalisme du virtuel en favorisant l'entrée du spectateur dans l'image virtuelle.

Grâce à ces avancées, nous avons l'occasion là d'évoluer dans un nouveau type d'environnement qui modifie profondément notre rapport à l'Autre car entrer dans l'image, c'est précisément créer un nouveau lien au monde "extérieur" et ainsi une intersubjectivité originale dont l'image constitue le vecteur.
D'ailleurs, qu'est-ce que Facebook sinon un outil numérique qui bouleverse et redéfinit le rapport à l'autre?
Il s'agit notamment d'un médium dont les mises en relation et les messages sont traités par la machine. Au-delà de la simultanéité déjà présente dans Messenger et les textos, ce sont des textes éphémères dont la brièveté correspond à l'immédiateté des images. Un de nos fantasmes réside dans le fait que le texte, interpellation présente et future trace-souvenir, tend à devenir une image dont l'appréhension se doit d'être la plus rapide possible et au centre de laquelle on se place. Ainsi, ces textes, comme les nouveaux jeux vidéos, ne sont que la projection de mon être
- à savoir de mes obsessions, de mes désirs, de mes frustrations - au sein d'un espace de distraction virtuel.

Pour les enseignants de langues dont je fais partie, ceci a des répercussions essentielles: si se poser la question de savoir si Brian est dans la cuisine est déjà plus que dépassée, voir Brian dans la cuisine sans être soi-même plongé dans la cuisine et sans être capable d'interagir avec Brian constitue une distance très marquée avec ce que nous propose la technologie et, par conséquent, avec ce que vit la jeunesse digitale.

Le constat est clair: nous ne sommes plus dans la Société du Spectacle de Guy Debord. La télé-réalité est déjà une distraction dépassée. Nous sommes dans la Société de l'Ego et du Fantasme: nous voulons nous trouver au centre de l'image, au centre de notre propre image virtuelle, un monde façonné au diapason de nos projections et à nos phobies.

De profonds changements émergent déjà au lointain.
Bientôt les applications informatiques nous proposeront d'opérer des choix qui feront de chaque support un objet modulable à merci, à géométrie variable. Ce choix délibéré de l'infiniment complexe répondra à une demande exponentielle de la personnalisation que nous connaissons déjà sous le nom de customisation. Signe de la liberté ultime, chacun pourra évoluer dans des réalités parallèles que nous configurerons selon nos souhaits. Nous accèderons ainsi à la fragmentation des expériences.

Au-delà de la mise à distance de l'Autre en tant que personne physique et vivante, ce sera l'émergence de l' Asociété de la réalité, à savoir la société de la Virtualité. Cette accessibilité illimitée à une virualité paramétrée ira de pair avec un rapport de plus en plus distancié à la réalité. Un peu comme un présentateur de météorologie télévisée qui se trouve virtuellement au milieu de la carte mais qui en réalité s'agite devant un écran vert ou bleu!!! La fragmentation pléthorique de nos expériences sera la concrétisation d'une société atomisée dont les points de connection s'articuleront autour d'images véhiculées par des machines digitales.

Certains évoqueront le risque de l'aliénation ou de la réification d'un Homme asujetti à la Machine comme un Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes ou un Alex dans Orange Mécanique. D'autres y verront la possible humanisation de la technologie comme dans 2001, l'Odyssée de l'Espace ou La Guerre des Etoiles.

En tout cas, cette révolution de l'image donnera à nouveau l'occasion d'une renaissance de l'Homme, pour le meilleur ou pour le pire!..

Trendance

jeudi 19 février 2009

"A l'Ombre d'Agamemnon" par Trendance

Tour à tour singe pitoyable et lion indomptable,
Janus du bon nègre et du tyran africain,
Tes deux masques donnaient toujours sans jamais recevoir,
Coups répétés dans une ivresse frénétique:
Au zinc d'un café de banlieue,
Au coeur et au corps d'une famille éthérée.

Mais à mes yeux, plus que tout autre animal,
Tu as été l'oiseau migrateur, Hermès aigre doux,
Annonçant la chaleur récomfortante du bien-être
A laquelle succédait, sans transition,
La torpeur glaçante de la maltraitance.

J'étais Autre, ni noir, ni blanc,
En dehors des modèles de ton enfance,
Etranger à un adulte flou qui ne s'est jamais cherché.
J'étais surtout enfant d'un désamour, d'un pacte aussi absolu qu'ésotérique
Que tu avais signé avec la taire mère.

Et malgré cela, en même temps que je te craignais, je t'aimais:
Constamment trahi par mon meilleur ennemi,
je me heurtais irrémédiablement à ton mépris,
Symptôme de ta passion pour la haine viscérale que tu cultivais envers moi.

Mais maintenant que tu as descendu la rivière sans retour,
Que je ne crains de toi ni haine, ni courroux,
Que je mesure le mutisme abyssal qui nous séparait,

L'oeil cyclopédique du Père continue d'hanter mes nuits et d'illuminer mes jours.

Trendance

mercredi 29 octobre 2008

"Rencontre avec Toi" par Trendance

Ce jour-là, au pied de l’arc-en-ciel de ton Absence,
Ta silhouette, ta voix, ton nom, ta présence…
Tout portait l’éclat aveuglant du rayon d’évidence,
Un cri déchirant le silence immense,
Une vérité chassant la morne ignorance,
Un soleil me guidant hors de mes anciennes errances
Un onguent effaçant mes plus intimes cicatrices...
Et mon être tout entier soudain devinait les délices du calice,
Les douceurs innombrables de la corne d’abondance.
Ce jour-là, Frédérique, tu n’étais pas encore entrée dans mon existence
Que déjà je ne voulais plus jamais t’en voir sortir.

Trendance

lundi 20 octobre 2008

"La "contre-addiction" américaine" par Trendance

Si les Etats-Unis n'ont pas le monopole de la contradiction, ils en ont fait depuis bien longtemps un de leurs traits essentiels. Cette tendance est si récurrente que l'on pourrait se risquer à parler d'addiction à l'incohérence. Après le déficit budgétaire abyssal de la première puissance mondiale (mais l'est-elle encore à ce jour) et le rôle d'agent de sécurité planétaire d'une nation rongée par la violence armée et le traffic de drogues, la nouvelle contradiction réside dans l'association de cinq lettres: Obama.
Dernier sursaut pragmatique d'un pays résolument idéologique, désir d'une revanche prise sur l'histoire raciale exprimée par l'une des deux Amériques ou contre-pied d'une nation éprise d'avant-garde, je ne saurais le dire. Ce qui est certain c'est que les Etats-Unis, qui ont aboli la traite et l'esclavage des noirs bien après l'Angleterre et la France, continuent de surprendre en étant l'un des premiers pays occidentaux à soutenir la candidature d'un citoyen issu de l'immigration. Contradiction, quand tu nous tiens!..

A la fois instrument ultime d'égalité et condition sine quan non à la renaissance, la mort - ici de l'Amérique telle que l'on a pu la connaître et de la race - a bien souvent été annoncée depuis l'investiture démocrate de Barack Obama et beaucoup y ont vu l'entrée des Etats-Unis dans l'Ere du Verseau racial et social. Mais qu'en est-il réellement? Cet événement, ayant à la fois valeur de rupture et de contradiction, redéfinit-il fondamentalement l'Amérique? Constitue t-il un "événement" dans le sens foucaldien, c'est-à-dire un fait historique singulier et contingent?

La mort est omniprésente dans notre quotidien, comme dans les champs de connaissance. Ainsi, à la fin du dix-neuvième siècle, Nietzsche invoquait déjà la mort de Dieu. A la même époque, Karl Marx annonçait la mort prochaine du capitalisme. Le siècle suivant, Michel Foucault proclamait la mort de l'Homme et les années soixante-dix célébraient la mort de l'Histoire. Les années quatre-vingt dix firent le deuil du Communisme. Au moment où l'on semble vouloir enterrer le libéralisme et ses effets pervers, l'Amérique entérine une nouvelle rupture avec Barack Obama, même si c'est l'Europe qui la voit plonger dans l'Age post-raciale.


Même s'il s'agit d'une indéniable avancée, nous sommes bien loin de la mort de l'Amérique racialisée. Aussi l'avènement de Barack Obama en tant que prétendant noir au fauteil de la Maison-Blanche doit-il être remis en perspective. Répondre à la question de l'essence noire devient donc une priorité.


Les Etats-Unis sont l'agrégation de nombreuses réalités sociales. Parmi elles, le Sud stipulait dans son arsenal législatif qu'un individu était considéré comme noir s'il possédait 1/32è de sang noir. Mais ceci va plus loin: de par la nature de l'histoire américaine, la négritude fonde une filiation à part entière qui plonge ses racines dans l'esclavage. Ainsi, la société américaine continue d'en porter en son sein les stigmates. Il n'est donc pas étonnant de relever qu'aujourd'hui encore les concepts et réalités de race et de rang social sont intimement liés dans un pays où le lumpenprolétariat et autres laissés pour compte sont à grande majorité noirs.

C'est dans cette perspective qu'Obama affiche une particularité contradictoire qui entame son statut de candidat noir américain. En effet, au-delà de son métissage, il est aussi noir qu'il n'est pas africain-américain. La spécificité d'Obama ne tient donc pas dans le fait qu'il représente un candidat noir mais plutôt qu'il ne soit pas un candidat africain-américain. En regardant Obama, l'Amérique blanche oublie tout du fardeau de la responsabilité que lui fait porter son passé esclavagiste. Au contraire, ce faisant, elle goûte avec délectation à la suave légèreté et à la fierté que confère le rêve américain. Par delà l'admiration béate pour une nation prête à se porter à sa tête un noir, l'enseignement que l'on peut tirer d'un tel événement réside dans le fait que l'Amérique se sente plus proche d'un partenaire aux origines pour certaines lointaines que d'un compatriote au passé marqué par l'abomination raciale.
Dans le même temps et ceci ne constitute aucunement la dernière contradiction inhérente au succès de Barack Obama, ce dernier incarne le rêve américain et l'américain en tant que tel, cet être multi-ethnique que Saint John de Crèvecoeur a défini comme "le nouvel homme". Ce concept ne trouve t-il pas un écho dans la maxime "e pluribus unum", un issu de plusieurs?

Mais comme toutes les nations, l'Amérique est en marche. Néanmoins, il semble que cette dernière évolue à contre-courant d'un monde qui semble préférer adopter les modèles d'un passé conquérant et/ou rassurant. Ainsi, la France tente de mettre en oeuvre la politique libérale anglo-saxonne des années quatre-vingt tandis que la Russie se tourne résolument vers des référents communistes d'avant 1989. L'Amérique, quant à elle, est toujours animée par une logique moderniste: elle se projette dans l'avenir, hautement consciente qu'elle est d'écrire l'Histoire. Elle se délecte de l'émisson de sa propre image réfléchie par le miroir de l'avant-garde. Toutefois, tandis que l'Amérique tente de se persuader de la possible concrétisation de ses propres mythes d'égalité, un événement démographique plus subtil se prépare à déferler sur la démocratie américaine. Selon les projections du Bureau du recensement américain, les minorités américaines deviendront majoritaires vers 2042. Cette donnée annonce t-elle la mort de l'Amérique? La seule garantie, c'est que ce n'est pas là la dernière contradiction américaine car cette nation, plus que n'importe quelle autre au monde, n'en finit plus de mourir pour mieux se redéfinir.

Trendance

vendredi 10 octobre 2008

"Rêverie d'un promeneur citadin" par Trendance

Ce matin, j’ai une plume dans les yeux,
Léger, posé, heureux,
Je nargue la froideur affichée de ce mannequin envieux
Et vogue sur la mélancolie assumée de la lascive banlieue.

Ce matin, j’ai le cœur à la confluence du sourire,
Mon être irradie de bonheur ce qui hier me semblait le pire,
Et pourtant, je rêve de me lover dans le songe duquel plus jamais je ne voudrais sortir.

Trendance

"L'Ere du grand Divorce sociétal" par Trendance

Nous voici au "coeur" d'une crise financière d'un genre nouveau, dans l'oeil d'un cyclone économique dévastateur; et avalés tels quels par la baleine de Collodi, nous nous surprenons à chercher à allumer un feu salvateur... Mais heureusement, c'est coupés du monde que nous est offerte l'opportunité de comprendre que c'est notre égocentrisme et le manque de considération pour autrui qui nous ont conduit tout droit à cet isolement. La phobie, quoiqu'essentiellement irationnelle, peut devenir le point de départ d'une réflexion dont les conclusions s'avèreront cruciales quant aux mesures à prendre.
Il est souvent dit que le plus dur ne consiste pas à devenir champion mais à le demeurer. Confronté à une crise majeure, le capitalisme, frappé du syndrome Achillien, témoigne aujourd'hui de la pertinence de cet adage; beaucoup ont vu dans la Chute du Mur de Berlin de Novembre 1989 la victoire incontestable et alors incontestée d'un capitalisme désormais triomphant. Mais notre système, aveuglé par les phares du cynisme et d'une invulnérabilité faussée, a perdu de vue que déjà un défi de taille se profilait à l'horizon, celui de la transmutation. Sorti du long contexte historique de la Guerre Froide, la superstructure capitaliste a éludé le grand principe darwinien reposant sur la nécessité de s'adapter à un nouvel environnement. Au lieu de profiter de la trêve en investissant dans l'humain les anciennes ressources militaires, le monde occidental de type capitaliste a cru assurer sa propre pérennité en privilégiant la consolidation de sa propre superstructure. L'inertie, ce mythe pourtant éprouvé, a été brandi et tout fut mis en oeuvre pour que le pouvoir demeure entre les mains de ceux qui le gardaient jalousement. La contre-révolution n'avait qu'à bien se tenir...
Et lorsque le changement nous était proposé, le prétexte était tout trouvé: l'Union Européenne se devait de constituer le dernier rempart face aux assauts répétés de l'Amérique, de l'Asie et de l'Afrique. Vagues immigratoires et autres stratégies économiques agressives se devaient d'être contenues à l'heure où la vieille Europe avait besoin d'un influx de jeunes travailleurs et où la libre-concurrence internationale était pronée. Contradiction, quand tu nous tiens!.. L'Euro avait alors pour objectif de nous protéger de tout aléa, d'assurer la stabilité monétaire et financière de notre zone-forteresse. Stabilité, inertie, préservation...
Mais dans le même temps, un autre son de cloches pouvait être perçu: des pays et continents environnants, le son discordant de la globalisation semblait devoir venir altérer nos infrastructures. Ce qui avait été produit ici et consommé là-bas était brutalement produit là-bas et consommé ici. Mais comment lutter contre cette hydre, contre ses dragons venus d'ailleurs? Après moultes réflexions, la superstructure capitaliste n'a eu d'autre choix que de s'allier à cette menace, de l'admettre en son sein, consciente qu'elle était de ne pouvoir la terrasser. Et tous les décideurs politiques et économiques de se bousculer afin de prendre le train en marche, frappés qu'ils étaient par un strabysme déconcertant: l'oeil droit faussement rougi par la désindustrialisation de nos régions et la dépression de nos cols bleus, l'oeil gauche avidement pointé vers les terres lointaines de la délocalisation et de l'externalisation: fuite des capitaux, évasion fiscale, transfert des procédures et des compétences, vente des moyens de productions... Sous prétexte de se renforcer, le capitalisme nous a tous affaiblis. Convaincu de conforter sa primauté, cette superstructure a entamé une procédure de divorce avec ceux mêmes qui forment ses administrés, c'est-à-dire Nous.
C'est ainsi que nous devons faire face à une crise rare: crise de confiance subie par les places boursières du monde entier, crise de méfiance au sein du secteur bancaire mondial. Non, le système capitaliste n'est pas confronté à une récession mais à une véritable crise des valeurs. Car la vigilance et la clairvoyance ne doivent pas faire en sorte que nous nous satisfassions d'un terme qui vise parfois à masquer les responsabilités. Certes cyclique, la crise s'explique et procède de causes définissables. Hormis les explications techniques imputables à un Capitalisme triomphant, il en est une - philosophique - que l'on peut se risquer à évoquer: le Divorce.
Cette crise n'est autre que la résultante d'une tendance sociétale en ce sens qu'elle est décelable à chaque niveau, dans chaque aspect de ce qui fait notre quotidien. L'employeur privilégie la rentabilité au détriment du bien-être de ses employés, l'Etat sacrifie la priorité de service à des fins d'économie, l'(in)satisfaction des désirs prend le pas sur la quête du bonheur, l'égocentrisme est implicitement institutionnalisé aux dépens de la solidarité et le surendettement devient une manne pour les prêteurs faussement généreux. Mais le grand Divorce, monstre protéiforme ne s'arrête pas là: il érige dans son sillage des murs infranchissables: l'élève se détourne de son professeur, l'enfant façonne ses parents en anti-modèles, l'admistrateur fait fi de ses administrés... En d'autres termes, c'est une crise de confiance généralisée qui nous menace dans ce que nous sommes, au plus profond de notre communauté mais aussi de notre être. Car s'il est une chose que le Capitalisme triomphant a perdu de vue, c'est que la qualité d'un contrat ne vaut que par la satisfaction pleine et entière des intérêts des deux parties. La falsification des bilans d'Enron, le scandale des 'subprimes', la spéculation incessante portant sur le prix des ressources pétrolières et alimentaires, les diverses stratégies d'évitement du système bancaire et du monde de l'assurance sont autant d'exemples de violation du contrat sociétal.
Et pourtant, ne nous a t-on pas répété que nous vivons à l'heure du "tout globalisé"? Comment ce système capitaliste qui a cautionné la globalisation à ses propres fins de survie a t-il pu oublier qu'il n'est pas de salut sans altruisme, c'est-à-dire la prise en compte de l'Autre? Est-il possible que l'interdépendance lui ait semblé ne plus constituer un trait fondateur de notre monde? Est-il envisageable que, enfoncé dans une avidité démesurée, le Capitalisme ne se soit pas rendu compte qu'il broyait et digérait ses propres enfants, tel un Saturne croyant ainsi assurer sa propre survie? Ce divorce trouve également un écho dans la rupture écologique qui oppose l'Homme à son environnement. A nouveau, perdre de vue l'interdépendance, la relation à l'Autre, c'est se aborder soi-même, fuir éperdument tout en coupant les ponts d'un retour possible au bien-être. Plus, toujours plus! Plus vite, plus haut, plus fort! C'est la dure loi des records, ces vieux bilans à effacer des tablettes de l'Histoire et de la mémoire collective. C'est ainsi que le sportif déçoit parfois ses plus fervents admirateurs et que le commercial ne fait plus de son client le principal bénéficiaire du service qu'il offre.
Et pourtant, ce sens de l'interdépendance n'est pas du domaine du mythe. Chaque "petit pas pour l'homme (...) est un grand pas pour l'humanité." Comme l'avait affirmé Neil Armstrong, chaque homme recèle d'une parcelle non seulement d'humanité mais également de l'humanité.
Le pire réside peut-être dans le fait que le système en est conscient, voire convaincu car, à l'instar d'une publicité conçue par un opérateur téléphonique, il n'hésite pas à clamer (toujours plus) haut et (toujours plus) fort dans des messages aussi démagogiques que cyniques que "je suis tous les gens que je connais et tous ceux que je ne connais pas encore. Je ne suis rien sans eux et avec eux je peux tout faire". Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le slogan de cette entreprise est "plus loin ensemble", la parfaite illustration d'une surenchère de la performance teintée de démagogie nauséabonde. Comble de l'ironie, bien avant l'ère digitale, les hommes vivaient déjà en réseau, au sein d'un enchevêtrement communautaire et d'un tissu social qui les préservaient du grand Divorce sociétal. Car si pour Sartre, "l'enfer, c'est les autres", nos aïeux avaient bien compris que, quelque part, le salut résidait dans les autres!

Trendance